L’image du gouverneur de Bukavu s’enfuyant à moto, telle une scène sortie d’un film tragicomique, reflète avec un cynisme brut la faillite d’un leadership congolais incapable de résoudre les problèmes de base auxquels font face les populations qu’il est censé servir. Cet événement, bien qu’ahurissant, est une métaphore des contradictions profondes de notre gouvernance.
La fuite comme symbole de l’échec
Un gouverneur, figure d’autorité et garant du développement d’une province, réduit à s’échapper sur une moto cabossée, rappelle une vérité amère : la classe politique congolaise ne construit pas un État pour les citoyens, ni même pour elle-même. Ironiquement, ceux qui devraient bénéficier du confort des infrastructures qu’ils ont le pouvoir de créer se retrouvent piégés par leur propre inaction.
Comment justifier que Bukavu, ville stratégique de l’Est de la RDC, n’ait pas de routes décentes pour assurer une mobilité fluide, y compris en cas d’urgence ou de crise sécuritaire ? Si les dirigeants eux-mêmes ne peuvent se mouvoir autrement que sur des pistes dégradées, que dire des citoyens ordinaires confrontés quotidiennement à ces mêmes défis ? Ce spectacle pitoyable illustre l’incapacité chronique de nos leaders à anticiper et planifier, préférant des solutions temporaires ou, pire encore, l’inaction.
Les infrastructures routières : un miroir de la gouvernance
La fuite à moto soulève la question cruciale de l’investissement dans les infrastructures de base. Dans un pays aussi vaste et riche en ressources que la RDC, l’état des routes est l’un des indicateurs les plus clairs de la qualité de la gouvernance. Une route, ce n’est pas seulement un ruban de bitume ; c’est un outil stratégique pour le développement économique, la mobilité des populations, l’accès aux services sociaux de base, et, comme nous venons de le voir, une éventuelle voie de sécurité en cas de crise.
Or, à Bukavu comme ailleurs en RDC, les infrastructures routières sont délaissées, abandonnées à l’érosion et aux promesses non tenues. Le peu de routes asphaltées qui existent sont souvent réalisées à coups de financements extérieurs ou d’initiatives isolées, loin d’une vision intégrée et pérenne du développement.
Le leadership en question
Cet épisode met en lumière une réalité glaçante : nos dirigeants ne se sentent ni responsables ni concernés par les conséquences de leur propre gestion. Alors que des millions de Congolais souffrent de l’absence d’infrastructures adaptées, ceux qui détiennent le pouvoir continuent de vivre dans une bulle de privilèges, échappant à la réalité jusqu’à ce que celle-ci les rattrape.
La fuite à moto du gouverneur n’est pas seulement un détail cocasse dans une situation tragique ; c’est un aveu d’échec. Il ne s’agit pas d’un manque de moyens, mais d’un manque de vision, de volonté et de responsabilité.
Et maintenant ?
Il est grand temps que des épisodes comme celui-ci nous servent d’électrochoc collectif. Les dirigeants congolais doivent comprendre qu’ils ne peuvent pas indéfiniment gouverner par la négligence et espérer s’en sortir indemnes. Investir dans des infrastructures routières adéquates n’est pas un luxe, mais une nécessité fondamentale pour tout État qui aspire à fonctionner.
En tant que citoyens, nous devons également tirer les leçons de cette débâcle. Nos leaders ne changeront pas d’eux-mêmes. C’est à nous, par le vote, par la mobilisation et par l’exigence de reddition des comptes, d’imposer un changement. Car si nous continuons à tolérer ce type de gouvernance, la fuite à moto restera l’ultime symbole de notre propre démission collective.
Cyrille Ludunge Bagenda Banga
Chroniqueur engagé pour un Congo responsable